Le cimetière de Prague (Umberto Eco)

Une nouvelle fiche de lecture d'un livre que j'ai terminé il y a déjà quelques mois. J'avais besoin de ce temps-là pour réfléchir à ce qu'il m'en restait. La lecture n'a pas été aisée, non par le fait que ce soit mauvais, mais plus par la façon dont l'antisémitisme et le racisme en général est abordé. Il y a vraiment des passages qui m'ont fait sauter au plafond, qui m'ont donné envie de refermer le livre tellement j'ai haï le personnage principal. Mais finalement, c'est une lecture qui m'a fait du bien.




Titre : Le cimetière de Prague
Auteur : Umberto Eco
Editeur : Grasset
Nombre de pages : 560 pages

 Quatrième de couverture :
De Turin et Palerme à Paris,  nous croisons des hystériques, des satanistes, des escrocs, un abbé qui meurt deux fois, des cadavres dans un égout, des jésuites complotant contre des francs-maçons, des confraternités diaboliques et des carbonari étranglant des prêtres. Nous assistons à la naissance de l'affaire Dreyfus et à la fabrication des Protocoles des sages de Sion. Nous prenons part à des conspirations, aux massacres de la Commune à des messes noires...

A lire absolument si on aime :
- Les récits à fond historique
- Ne pas être certain de tout comprendre au fil du récit
- Les intrigues politiques

A éviter si on cherche :
- Un récit clair, où l'on a pas besoin de réfléchir
- Une lecture légère

L'avis du critique :

Si j'ai ouvert ce livre c'est sur les conseils d'une amie qui me l'a "vendu" en me disant : "Tu vas voir c'est une façon habile de faire de l'uchronie." Le fait est que j'ai mis pas mal de temps à comprendre où elle voulait en venir. Finalement, pour moi, ce n'est pas vraiment une uchronie. Si ce n'est le fait que le personnage principal devient l'acteur de nombreux tournants historiques dont les dates ont été un brin décalées.
Est-ce que j'ai aimé ce livre ? Oui. Le personnage est vraiment intéressant, l'histoire est parfois floue, le conflit personnel du personnage principal s'emmêle avec les intrigues politiques. Pour le coup, il y a un vrai travail sur ce côté là.
Mais pour les mêmes raisons, j'ai eu plusieurs fois envie de jeter ce livre par la fenêtre. Les opinions et propos du personnage principal sont d'une violence rare. Cela a été parfois, pour moi, dur de faire face à son état d'esprit. Il m'est arrivé de refermer ce livre comme on peut claquer la porte au nez de quelqu'un que l'on ne supporte plus d'entendre.

Le petit plus du livre : Je pense que le petit plus du livre tient dans le fait qu'Umberto Eco n'économise rien à ses lecteurs. Lorsqu'on lit ce roman, il faut vraiment réfléchir par soi-même, désembrouiller soi-même certaines intrigues. Et le fait est, qu'aujourd'hui encore, il me fait réfléchir.

Clichés à l'américaine





























Voici un nouveau libellé pour rassembler tous les sites et documents liés à l'écriture (où tournant autour du thème).
J'aurais pu tout mettre dans une liste de liens sur le côté de mon blog, mais je sens que ça va très vite se remplir...
Et pour commencer, ce matin je suis tombée sur un Tumblr vraiment sympa, qui illustre, avec humour et simplicité, les différents clichés que l'on rencontre dans beaucoup de productions américaines.

Pour aller y faire un tour, c'est par là :
http://allanbarte.tumblr.com/

Savoir et se taire

Lorsque, comme moi, on tente d'écrire au mieux des histoires intéressantes et cohérentes, on en vient très vite à s'intéresser aux différentes théories sur l'écriture.
Et lorsque, comme moi, on a la chance d'avoir un compagnon qui nous pousse à aller toujours plus loin dans cette réflexion, on finit par écrire un article sur son blog. (Quoique le compagnon puisse être "remplacé" par une très bonne copine, ou un animal familier ou tout simplement une plante verte extrêmement perspicace, chacun son truc.)

Ainsi, si il y a une chose sur laquelle je m'appuie le plus possible pour écrire des textes pas trop pourris, c'est bien la cohérence d'univers. Il m'arrive donc de passer beaucoup de temps à chercher les détails historiques ou scientifiques concernant l'univers du texte dans lequel je suis plongée.

Et comme je lis aussi beaucoup de textes - déjà publiés ou tout simplement en maturation - il m'arrive souvent de m'émerveiller ou de grincer des dents sur la cohérence des univers qui me sont proposés. D'autre fois, par contre, l'univers est tellement documenté qu'il ne me laisse aucune place en tant que lectrice.

J'ai longtemps cherché la différence entre les deux types de texte, jusqu'à ce que j'en discute avec ma moitié et qu'il trouve la formule miracle :

"Il y a le "Show, don't tell" mais aussi le "Know don't tell"


Cette idée de "Know, don't tell" je l'utilise depuis longtemps. Quand il est question pour moi d'écrire - comme en ce moment - un texte ayant pour cadre la première guerre mondiale, je dois faire face à mon manque de culture concernant le sujet.
Je vais donc, tout naturellement, me renseigner sur une multitude de sites à propos de la vie du poilu, de son paquetage et de l'arme qu'il utilise.

Mais comme mon but n'est pas d'écrire un exposé mais, bel et bien, une histoire, je ne dois pas non plus partir sur les mesures exactes d'une tranchée et sur la composition chimique exacte de la boue (sauf dans un certain cadre peut-être, et encore.)

Le but est surtout de faire connaissance avec le contexte dans lequel se situera mon texte, de m'en imprégner et d'ensuite fermer mes pages internet sans prendre de notes.

Parce que, et c'est là qu'intervient le "know don't tell", si j'ai lu et que je sais, maintenant, de quoi se constituait une journée type pour un poilu, ces informations ne sont finalement que secondaires.
Ce qui compte c'est que je sache, moi en tant qu'auteur, où je me situe mais pas que le lecteur est l'impression, en me lisant, d'ouvrir son manuel d'histoire de 4ème.

Alors, à ce moment-là, me direz-vous, à quoi bon savoir si tu ne t'en sers pas ? Le fait est que si je ne me sers des informations exactes, elles vont pourtant être présentes pour animer mon texte et enrichir mon univers.

Exemple ?

Ce matin j'ai vu une photo d'une lanterne de tranchée avec une explication détaillée de son fonctionnement. Cela, maintenant, je le sais. 
Est-ce que je vais rester dans le scolaire et décider que le lecteur doit, lui aussi, tout savoir ? Ou est-ce que je vais décider de ne conserver que ce qui m'a interpellé dans cette lanterne ? C'est-à-dire, sa forme triangulaire ?

Est-ce qu'il sera plus enrichissant pour mon univers d'expliquer comment on plaçait la mèche, puis l'huile de combustion dedans que de simplement évoquer sa forme caractéristique ?


Ceci, toutefois n'est qu'un détail qui interviendra au niveau descriptif. Là, où le "Know don't tell" devient plus profond est quand il touche carrément à l'attitude de ses personnages devant une situation donnée.

Pour cela je vais donner un autre exemple. Alors que je réfléchissais sur l'univers d'un de mes projets de roman (où l'on retrouve des fées, des gargouilles et une cathédrale) mon compagnon m'a posé une question super incongrue, que j'ai tout d'abord jugée comme étant totalement hors-sujet :

"Et si les militaires se rendent compte de l'existence de tes fées que va-t-il se passer ?"

Attendu que mes fées ne côtoient mes humains que d'une façon plutôt étrange, cette interrogation m'a tout d'abord semblé totalement inutile.
J'ai donc haussé les épaules, et continué d'écrire. Jusqu'à ce que je me rende compte qu'ayant été posée, cette question avait finalement solidifié la cohérence de mon univers.

Certes, il n'est jamais question de militaires humains dans mon roman. Et mes fées ne sont pas bien au courant de ce que peut être un militaire humain. N'empêche que si elles se faisaient découvrir, elles se retrouveraient devant des problématiques auquel leur "dieu" (c'est-à-dire moi, je les ai créé non ?) n'a même pas réfléchi !

Il est bien possible que tout leur univers s'effondre. Et si leur "dieu" n'a pas réfléchi à ces éventualités, comment peut-il être certain de réellement contrôler leur destin au mieux ?

Ainsi j'ai fini par décider de savoir ce qu'il arriverait si les militaires découvraient l'existence de mes fées. Est-ce que je l'évoque ne serait-ce qu'une fois ? Jamais : ce n'est pas le sujet de mon roman. Toutefois, le fait de le savoir m'aide à solidifier la cohérence de mon univers.

Est-ce qu'il est important que vos lecteurs sachent dans quel tissu la chemise de votre héros a été fabriquée ? Non, pas forcement.
Est-ce que, vous, vous devez le savoir ? Pour moi, la réponse est oui.








L'homme au pistolet d'or (Ian Fleming)

 J'avais oublié que les PaL pouvaient réserver de mauvaises surprises. Maintenant c'est bon, je m'en rappelle. Bon je suis à la fois contente d'avoir éliminé ce titre de ma liste, d'avoir enfin lu un épisode de James Bond et de pouvoir vite, vite, très vite, repartir sur une prochaine lecture qui ne pourra que m'enthousiasmer vu ce que je viens de lire et de vivre. Une chose est claire, un épisode de James Bond m'aura suffit, je ne renouvellerai pas l'expérience...




Titre : L'homme au pistolet d'or
Auteur : Ian Fleming
Editeur : Plon
Nombre de pages : 320 pages

 Quatrième de couverture :
Amnésique et laissé pour mort par son service, James Bond tente de retrouver la trace de son passé. C'est dans cet état que les services secret Russes lui mettent la main dessus . Conscients de l'opportunité présente, ils lui font passer plusieurs lavages de cerveau et le "rééduque" dans le but d'éliminer M. 007 refait donc surface à Londres, mais il échoue à tuer son ancien chef. Après un traitement destiné à le faire redevenir lui-même, il réintègre le MI6, et on lui offre une chance de se racheter : il doit trouver et tuer Francisco « Pistol » Scaramanga en Jamaïque. Tireur d'élite travaillant pour Cuba, il est connu pour son Colt .45 plaqué or et le fait qu'il ne rate jamais se cible. M sait que quelle que soit l'issue de cette mission, le service y gagne : soit 007 réussit sa mission, la preuve qu'il serait bel et bien de retour, soit l'homme au pistolet d'or le tue en premier, ce qui résoudra de façon définitive le cas James Bond...

A lire absolument si on aime :
- La Jamaïque
- Les héros misogynes
- Les deus ex machina

A éviter si on cherche :
- Un récit bien ficelé
- Des héroïnes fortes

L'avis du critique :

Je n'avais  encore jamais lu aucun James Bond même si je pense avoir vu quasi tous les films. En l'ouvrant, je ne m'attendais pas au roman du siècle, mais au moins à un récit plutôt divertissant, pas prise de tête (mais vieillot quand même), bien ficelé, et facile à lire.
ATTENTION SPOILERS *tada-dada-dadadaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa*
Pour le côté divertissant, j'ai plutôt apprécié l'entame où l'on découvre un James Bond victime d'un lavage de cerveau et en même temps beaucoup des rouages des services secrets.
Passée ces pages, j'ai commencé à me rendre compte que les péripéties arrivaient un peu toutes comme un cheveu sur la soupe.
Dois-je parler de la rencontre fortuite entre James Bond et le vilain méchant pas beau, de la providence qui sauve James Bond alors que si on ne nous l'avait pas précisé, finalement cela passait plutôt sans gros dégâts ? Est-ce que vraiment quand on est au bord de la mort (ou pas), touché au poumon par une balle, assis en pleine jungle marécageuse, on s'en prend a un boa de 1 mètres 50 qu'on décapite pour finir par manger sa chair crue ? Et est-ce que vraiment on en propose à son ennemi qui vient de vous trouer la peau ?
FIN DES SPOILERS
En résumé, je n'ai pas du tout accroché, ni aux personnages, ni à l'écriture, ni à l'intrigue. Je ne dois pas être le bon public pour ça.

Le petit plus du livre : Le nom du méchant, Scaramanga. Je n'ai pas réussi à me défaire d'une image manga de Scarface. C'était épique !

Une place à prendre (J.K. Rowling)

Et un autre virage à 180 degrès avec cette nouvelle lecture qui m'a vraiment captivée. Je lis très peu de littérature blanche mais là j'avoue que ça m'a limite donné envie d'en lire plus. Ce roman m'a rappelé un autre roman que j'avais lu il y a quelques années qui se nomme "Ce qui était perdu". Il y a la même tension dans ces deux romans. Je vous laisse donc découvrir cette nouvelle fichet de lecture en criant un petit "Yata !". Plus que 63 livres sur ma Pal infernale !


Titre : Une place à prendre
Auteur : J.K. Rowling
Editeur : Grasset
Nombre de pages : 682 pages

Quatrième de couverture :
Bienvenue à Pagford, petite bourgade anglaise paisible et charmante : ses maisons cossues, son ancienne abbaye, sa place de marché pittoresque… et son lourd fardeau de secrets. Car derrière cette façade idyllique, Pagford est en proie aux tourmentes les plus violentes, et les conflits font rage sur tous les fronts, à la faveur de la mort soudaine de son plus éminent notable.
Entre nantis et pauvres, enfants et parents, maris et femmes, ce sont des années de rancunes, de rancœurs, de haines et de mensonges, jusqu’alors soigneusement dissimulés, qui vont éclater au grand jour et, à l’occasion d’une élection municipale en apparence anodine, faire basculer Pagford dans la tragédie.
Attendue de tous, J.K. Rowling revient là où on ne l’attendait pas et signe, avec ce premier roman destiné à un public adulte, une fresque féroce et audacieuse, teintée d’humour noir et mettant en scène les grandes questions de notre temps.

A lire absolument si on aime :
- L'humour noir
- Les portraits sans concessions
- Les récits à points de vue multiples

A éviter si on cherche :
- Un récit doux
- De la SFFF

L'avis du critique :

Cela faisait un moment que ce livre traînait dans ma PaL, plusieurs fois je me suis dit "Allez je le lis" et plusieurs fois j'ai finalement reporté ma lecture. Notamment parce que j'ai fait l'énorme erreur de lire quelques critiques des grands journaux qui disaient tous en substance "Harry Potter c'est fini !"
Et comme j'avais adoré l'écriture de l'auteur dans cette saga jeunesse, je me suis dit "Aïe, aïe, aïe ! Déception en vue !"
Du coup, je me le suis imposée dans ma PaL 2014 et je regrette aujourd'hui de ne pas l'avoir lu plus tôt pour avoir l'occasion de le relire.
Je peux comprendre que les critiques peu habitués aux littératures de genre ne voit rien de commun entre Harry Potter et Une place à prendre. Et pourtant, il y en a énormément.

Dans Harry Potter, il y avait certes la contrainte des littératures jeunesse et un univers fourmillant. Mais s'il on y regarde de plus près, chacun des personnages possède sa faille, son petit secret qui fait mal. C'est également le cas dans "Une place à prendre". Certes l'écriture est bien plus féroce, l'humour noir ultra présent, mais il s'agit bien du même auteur.

Je ne saurais que trop conseiller cette lecture, avec toutefois un avertissement : attention il y a des passages qui pourraient vraiment heurtés la sensibilité de certains et certaines.

Le petit plus du livre : Le titre du livre dont le sens change et varie au fur et à mesure de l'intrigue.

Gravé sur chrome (William Gibson)

 Les livres défilent mais ne se ressemblent pas. Cette fois-ci, je vous propose la fiche de lecture d'un recueil qui m'a donné bien du fil à retordre. Je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé, mais plutôt que je pense n'avoir pas tout compris et ne peux donc avoir un vrai avis sur cette lecture. Ce recueil fera partie des livres que j'essaierai de relire un texte après l'autre. Histoire d'essayer de mieux me les approprier. La bonne nouvelle étant que ma PaL diminue d'un titre à lire !

Titre : Gravé sur chrome
Auteur : William Gibson
Editeur : J'ai lu
Nombre de pages : 256 pages

Quatrième de couverture :
C'est un monde crépitant et précipité, ivre et bariolé. Saturé de drogues synthétiques, d'informations truquées, de rebuts technologiques. Là-bas, les adolescents se font greffer des yeux artificiels, des crocs de dobermans. Depuis leurs consoles, les pirates informatiques pillent les matrices à coup de virus tueurs. On y trafique de tout : secrets militaires et tranches de silicium, hallucinations et gènes mutants, espoir et oubli... Vivre fort, vivre vite, sous le regard froid des « zaïbatsus », les multinationales qui orchestrent le moindre soubresaut de ce grand bazar hystérique et rutilant. C'est un monde de merveilles et de folie, qui ressemble tellement au nôtre...
     Neuf nouvelles signées William Gibson, le chaman cyberpunk. Vision électrique d'un futur enfiévré, immergé dans les murmures bruissants de la technologie, comme un constant bruit de fond subliminal.

A lire absolument si on aime :
- Le cyberpunk
- La hard SF
- Les nouvelles

A éviter si on cherche :
- Des textes ultra accessibles
- Des nouvelles légères

L'avis du critique :

J'ai mis quelques jours avant de me décider à écrire cette fiche parce que j'ai eu un mal fou à lire ce recueil de nouvelles. Bon je l'avoue, j'ai énormément de lacunes en sciences (et en littérature aussi, mais ça se voit peut-être moins) et du coup j'ai eu du mal à comprendre tous les textes. Du coup, c'est un peu compliqué pour moi d'en faire une fiche de lecture.
Puis, j'ai été rassurée parce qu'une copine m'a dit que même les plus habitués à la Hard SF pouvaient avoir du mal à lire Gibson et j'ai décidé d'y aller à l'instinct.
Je n'ai retenu presque aucun des titres de nouvelles mais voilà ce qu'il m'en reste :
Un pirate drogué qui végète dans son aquarium en ne communiquant qu'à travers des signaux lumineux, une sorte de fonctionnaire qui poursuit une jeune femme rencontrée dans un bar et découvre des choses qu'il aurait préféré ne pas découvrir, des résistants qui vivent au-dessus d'une mégapole sur un tapis de câbles et de filin... Comme vous pouvez le voir, ce sont surtout des personnages qui m'ont interpellé et finalement bien moins le message intrinsèque à toutes ces nouvelles.
Je ne suis sans doute pas le bon public pour capter et décoder tous ces messages, mais sans le conseiller, parce que j'ai vraiment un mal fou à en venir à bout, je pense qu'il peut-être sympa de venir de temps à autre lire une des nouvelles de ce recueil pour y faire connaissance avec des personnages vraiment consistants.

Le petit plus du livre : J'adore le titre de ce recueil qui est aussi celui de la dernière nouvelle, si je me trompe pas.

Texte en ligne : Son âme

Voici un nouveau texte que je mets en ligne sur mon blog. Je l'avais initialement écrit pour l'appel à texte Bestiaire asiatique des éditions Voy'el puis suite à son refus, l'avait envoyé pour l'AT Malpertuis V.
Les deux réponses m'ont confirmé ce que je pensais déjà de ce texte, ce n'est pas vraiment une nouvelle et la narration est un peu étrange. Du coup, je me suis dit que ce texte aurait sa place sur mon blog, et qu'au moins il ne finirait pas au placard. Donc le voici.
Son âme
11 mars 2011


Nous sommes tous là, innombrables, immobiles et silencieux, comme si la bonne fortune nous avait quittés. Nous ne voulons plus penser, ni réfléchir, nous voulons laisser refleurir nos cerisiers.
Là-bas, sur le dos d’une montagne irisée de bleu, l’éléphant dort encore ; son énorme cavalier nous présente son ventre gras ourlé de feuilles d’or et de bijoux. Il scrute l’horizon, assis en tailleur sur sa monture immaculée, méditant des pensées que nous ne pouvons même pas concevoir. Plus imposant que la plus haute des statues érigées en son honneur, il sourit.
A-t-il déjà pleuré une seule fois ? Ses joues ont-elles, une seule fois, reçues la pluie de sa tristesse ?

— À quoi bon ? semble-t-il me répondre d’un œil bienveillant.

L’écho de son existence irradie l’horizon, un instant le mal recule. Le regard que nous échangeons me rassérène, l’espace d’un soupir. Je ne suis qu’un piètre tanuki face à l’immensité de son amour et de sa sagesse. Une créature d’ici, ni tout à fait raton-laveur ni tout à fait blaireau.
Au sein de mon cœur, un nénuphar éclot sur une eau qui m’engloutit. Ma force, je la puise d’une terre aujourd’hui déchirée, d’un monde qui s’effondre sur la beauté des lendemains, de flammes qu’ils ont attisées.

Dans la campagne qui nous environne, le vent bouscule les jeunes pousses de riz encore alignées sur leur terrasse. La plaine est noyée de sel ; sa peau de céladon court vers l’horizon en nuances d’émeraude et d’anis, comme pour échapper à la morsure de Yamata-no-Orochi. S’il ne s’agissait que d’un serpent à huit têtes, sans doute pourrions-nous faire face ; mais aujourd’hui l’océan a dévoré le ciel pour s’en faire une muraille et se jeter contre notre île. Tsunami ; ce mot résonne jusqu’à mes tripes.
Çà et là, les vestiges d’une nōka flottent comme autant de petites barques abandonnées. Ma gorge se serre au souvenir des veaux qui tétaient, hier encore, leur mère. Je relève la tête et ferme les poings, si fort que mes griffes percent mes paumes.
Par-delà l’échine ronde des collines, je devine le gris et le béton des villes. Sur les façades salies par le temps et la tempête, les fenêtres dessinent des yeux apeurés et des bouches grandes ouvertes, paralysés par la terreur.
Au creux des flots déchaînés, des bateaux subissent la punition sévère des vagues déferlantes. Il n’y a plus d’appel à l’aide, il est trop tard ; ils l’ont bien mérité.

Je reçois alors, contre mon épaule, l’amitié d’une caresse animale. À la fois sensuelles et pudiques, les kitsune se balancent de gauche à droite. Leurs hanches cuivrées, habillées de grelots, dessinent des fresques signées par le plumeau blanc de leurs queues souples. L’espace d’un instant, je me demande si elles comprennent vraiment : la triste courbure de leurs oreilles rousses répond à mes doutes.
Nous devons, je dois prendre les armes, éradiquer l’engeance qui pourrit notre sol.

Entre les lanternes portées à bras-le-corps, les flambeaux, les bannières et les flots d’étincelles, notre tristesse et notre foi s’embrassent à pleine bouche. Nous courbons le dos sous un poids douloureux et cher à notre cœur. Nous essayons de ne plus penser, ni réfléchir. Bientôt refleuriront nos cerisiers.

Ils sont tous là, plus hagards et inquiets qu’une abeille sans miel. À la fois si vivants et si intangibles que cela nous en fait mal. Je peux goûter au sel sur leurs joues, j’y perçois à la fois l’iode et les larmes. Ils sont couverts de boue, portent leurs enfants évanouis à bout de bras, goûtent de force au fruit amer de leur inconscience.
Nous voudrions tous restés là à observer leur souffrance, boire chaque sursaut de leurs pauvres carcasses jusqu’à la lie. Le gros homme sur son éléphant nous en dissuade d’un raclement de gorge.

Chacun d’eux porte un nœud serré au creux du ventre, alors que nous-mêmes étouffons de haine. Ils courent, se débattent et s’interrogent ; tandis que le cavalier ordonne notre départ.
J’entends alors les tambourins et je sais qu’ils viennent aussi du creux de ma poitrine. Féroce, grave et profonde, ma tristesse se tourne vers ce peuple qui se délite.

Nous avançons au-devant d’un souffle malin et d’une tempête de menaces, sans aucune intention d’échouer. Nous sommes un flot de pieds, d’ailes et d’espoirs. Nos voix s’élèvent et prennent leur envol jusqu’au ciel fourmillant de griffes et de plumes. Puisqu’ils ne savent plus, puisqu’ils n’ont jamais voulu comprendre la valeur de la terre qu’ils foulent, nous leur apprendrons par la force.
Ils sont à ce point tournés vers eux-mêmes qu’au plus fort de la catastrophe, ils ne remarquent même pas notre présence.

De tout mon ventre s’élève une vague qui me pousse à poursuivre ma marche, malgré la peur. Je ne sais encore si mon âme acceptera ce mal nécessaire. Mais nous n’avons plus le choix, ils doivent tous disparaître ; alors refleuriront nos cerisiers.

Autour de nous, Seiryuu le grand dragon, Suzaku l’oiseau vermillon, Genbu l’obscure tortue et Byakko le tigre d’argent grondent d’une même voix.
Maître des saisons, des éléments et des orients, ils nous offrent un tourbillon d’azur, d’aurore, d’ébène et de neige. À la fois berceuse et chant de guerre, leurs feulements s’enlacent en une mélodie profonde.

Bientôt, nous pénétrons dans une cité submergée de cris et de plaintes. La pression s’accentue sur notre dos, nous n’avons pas le droit de céder. Malgré la pitié que j’éprouve à la vue de cette foule de pantins désarticulés, je sais la justice de notre cause. Cela n’empêche pourtant pas ma conscience de hurler au meurtre.
Je n’ai d’autres choix que de les haïr, femmes comme nourrissons, vieillards comme pères de famille, de laisser mon cœur s’emplir de la boue noire de la colère. Laisser la vague déferler en moi puisqu’ils n’ont jamais aimé leur pays.
Je ne suis qu’un piètre tanuki, mais je sais que les personnes aimantes n’écorchent pas ce qu’elles chérissent, ni n’empoisonnent la mère qui les nourrit. Cela, seuls les criminels se le permettent. Mais ils l’ont oublié et préfèrent remplir leurs prisons de simples voleurs de pommes.

Je sens alors l’eau entre mes orteils, son seul contact me laisse au bord de la nausée. Je tente d’échapper à ma propre haine et cherche une bouffée d’air autour de moi, sans comprendre pourquoi mes compagnons se sont serrés de cette façon.
Mes yeux rencontrent, à ce moment-là, une lucarne grésillante échouée derrière une vitrine ravagée. Flash par flash, les images nous sautent à la gorge et aux tripes. Ils fuient tous un monstre de béton fumant. Je sais le cœur qui bat dans la poitrine de cette créature, je connais sa puissance, je flaire son poison. Nous le savons tous. Ils l’ont nourri de leur appétit de posséder, préférant le confort de leurs petites vies à la sauvegarde de leur terre. Ils l’ont nourri, aujourd’hui c’est lui qui les dévore.
Nous tremblons tous sur nos pattes, certains s’excitent jusqu’à mordre leur voisin. La rage qui couvait en nous s’empare de nos esprits et vrille notre raison.
Qu’ont-ils fait ? Qu’espéraient-ils ?

Un chant surgit alors ; cristallin et étranger, il capte notre attention. Je déborde de larmes et mon poil se couvre d’un nouveau sel. Nous cherchons tous la provenance de cette comptine entêtante, quand enfin il s’avance vers nous.
Nos babines se retroussent aussitôt. Les genoux et les coudes écorchés, il n’a même pas six ans. Dans sa tignasse maculée de boues, quelques brins d’algues rouges finissent de sécher. C’est un petit d’homme, pas plus haut qu’un brin de blé, il est tout ce que nous détestons.

C’est alors qu’il lève les yeux sur le premier rang du défilé. Ses larmes se figent sur ses joues plus vite qu’une goutte de rosée sur l’aile d’une libellule. D’instinct, je me saisis de la bouteille qui bat contre ma hanche et avale une grande rasée de saké. Mes muscles se tendent, mes mâchoires se crispent, je voudrais lui faire du mal, l’écorcher, le faire souffrir, lui faire payer les fautes de son peuple. Autour de moi, mes compagnons vibrent du même élan, la fièvre monte dans nos rangs.
Je ne sais ce qui va advenir, le garçonnet semble réellement nous voir. Une première voix surgit :

— Va-t-en !

Suivie d’un brouhaha.

— Oui va-t-en !

— Retourne vers tes parents ! Vous avez fait trop de mal.

— Laisse-nous tranquilles ou nous te tuerons !

Il ne recule pas, bien au contraire. Contre toute attente, il avance et tend un poing fermé, les yeux plantés dans ceux de notre chef de file.
Certains membres de mon clan se meuvent en créatures de cauchemars, échangeant leur allure rondouillarde pour hérisser leurs gueules et leurs pattes de pointes acérées.
Enfin l’intrus ouvre la main, au creux de ses tout petits doigts, la première fleur de cerisier de la saison.
Un soupir profond raisonne du haut des montagnes, la terre tremble, l’éléphant et son cavalier viennent à notre portée. L’énorme divinité se tient à présent entre nous et l’enfant. D’un souffle du nez, il apaise tout le monde. Il sourit à l’humain, lui prend la fleur puis se tourne dans notre direction.

Entre ses doigts immenses, chaque pétale luit comme une langue de soleil et de lune. Les mouchetures sont des étoiles et apaisent notre rage.

Plus rien ne sert de leur en vouloir, de les maudire, de les mordre. Le mal que nous pensions combattre se blottissait en chacun de nous. Alors que notre terre réclamait nos caresses, nous étions prêts à la noyer de sang.
Nous ne sommes pas là pour ça.

Nous sommes là, maintenant je le sais, pour témoigner de la beauté de notre terre. Peu importe les vagues, le souffle malsain au haut d’une cheminée. Ce n’est pas à nous de nous en préoccuper.

Car nous sommes l’espoir qui marche au-devant du désastre, nous sommes le soleil, le terreau, le fruit et sa saveur. Réels plus que n’importe qui ici, nous sommes les piliers solides d’un peuple exsangue. Nous ne faiblirons jamais, car nous sommes une âme plus vivace qu’un cœur qui palpite.

Notre pays vacille : c’est une flamme, nous sommes l’espoir qu’elle consume pour perdurer. Nous sommes notre pays, sa culture, son sol, son eau et son riz.

Nous n’attendrons plus que refleurissent les cerisiers, car tanuki comme kitsune, dragons comme tigres, gigantesque cavalier comme tortue majestueuse, nous sommes les cerisiers et l’espoir de les voir fleurir. Que notre cœur s’ouvre grand comme une gueule millénaire et le bourgeon éclora.

De toutes nos griffes, de toutes nos fourrures, de danses en danses, de tour en tour, nous grandissons. Par milliers, nous emplissons les cœurs et faisons rêver les enfants. Par millions, nous veillons et aiguisons les craintes. Unis et jamais seuls, nous luttons contre la fatalité.

Nous ne sommes pas seulement des animaux, des esprits, ou des fantômes. Nous sommes la force qui soulève, la main qui réconforte, l’épaule qui soutient.

Il n’est pas nécessaire de croire en nous, car nous sommes. Nous sommes le Japon, nous sommes son âme.