Figée devant l’énorme grotte, l’armée de Malbéric accueillit le tibia ensanglanté du dernier mage du royaume comme une fin de non-recevoir. D’un seul mouvement, les douze soldats tournèrent le dos à cet antre démoniaque où logeait une énième promesse de destruction. Dans la seconde qui suivie, onze rejoignirent le ciel, ses anges et autres consolations éternelles. Le dernier, juché sur son percheron, pourrait quant à lui bientôt témoigner de deux faits et demi.
Oui, le médusogon pouvait tout à fait survivre hors de l’eau.
Non, il ne retournerait pas le combattre quand bien même on lui promettait monts et merveilles.
Peut-être bien qu’il allait falloir trouver une solution durable à la malédiction qui s’abattait sur le royaume depuis déjà six mois.
Mais, pour l’instant, il ne lui restait qu’à contenir ses intestins fortuitement apparents sous la balafre de son ventre.
Comment tout ceci était arrivé ? Il n’en savait trop rien. Il supposait que le monstre, irrité par la visite inopinée d’un humain armé d’un grimoire et d’un bâton, avait décidé de sortir pour se défouler. Et que, ma foi, puisqu’ils étaient sur son paillasson, les soldats en subiraient les conséquences. Quant à sa blessure, il ne se souvenait que d’un shouift, d’une chaleur bienvenue sur ses cuisses au vu de l’hiver tardif puis de la surprise devant la couleur de ses propres entrailles.
Pour ce qui était de la panique et de la fuite, son cheval s’en était très bien chargé.
Alors qu’il entamait trois longues heures de chevauchée pour rentrer au château, il convient de s’interroger sur ce qu’ignorait ce soldat. Tout d’abord, bien moins que vous pourriez le croire. Il aurait pu, s’il avait su lire, avertir le mage d’une erreur syntaxique cruciale dans le sort létal destiné à l’abomination. On ne dit pas le médusogon mais bien Médusogon. La majuscule ayant ici une grande importance puisqu’elle aurait pu sauver l’armée entière, le mage et l’honneur de l’orthographe runique. Il en est ainsi depuis toujours, mal nommer une chose peut avoir de funestes conséquences. Et que celui qui n’a jamais appelé une femme « monsieur », jette la première pierre à l’os inerte du maladroit thaumaturge.