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Penser, nous devons




Il y a de ça un peu plus de quinze jours, j'ai participé avec une amie très chère à une conférence sur Virginia Woolf et le féminisme, et, plus précisément sur son livre "Trois guinées". Conférence qui m'a amené a beaucoup, beaucoup, beaucoup réfléchir sur une des phrases phare de ce roman : "Think, we must." (Penser, nous devons)
Le "nous" désignant les femmes.

Ma toute première pensée est allée vers les réseaux sociaux qui incitent à réagir en instantané à une information dont nous avons pris connaissance deux minutes plus tôt. Or ce que Virginia Woolf "conseille" aux femmes, c'est tout simplement d'éviter les réactions à chaud, en cela qu'elles sont le plus souvent teintées de notre culture "masculine". Ainsi, elle expose une situation où une association/un organisme fait appel à sa générosité pour faire un don pour soutenir les efforts de paix dans le monde. Sa première réaction étant de se dire : "Bien évidemment, je suis pour la paix dans le monde, je vais payer la guinée que l'on me demande." Et puis, après avoir réfléchi à ce à quoi menait ce soutien, elle a décidé de refuser. Pourquoi ?
Parce qu'elle estime que la façon de défendre la paix dans le monde de l'association n'est pas la façon dont elle s'y prendrait en tant que femme. Pour elle, cette façon de défendre la paix dans le monde découle d'une pensée et d'une société patriarcale qu'elle rejette en bloc. D'où le "Think, we must".

Et c'est donc avec une logique plutôt basique que j'ai cherché à réfléchir à ma façon de réagir aux informations auxquelles je suis exposée. Est-ce que ma première réaction ne sera pas préfabriquée par tous les mécanismes "patriarcaux" dont je suis pétrie puisque j'ai été élevée dans une société comme telle ? Et quand bien même ces mécanismes ne seraient pas "patriarcaux", est-ce qu'il ne me serait pas bénéfique de prendre le temps de réfléchir tout simplement ?
D'autant plus que je ne suis pas spécialement la première personne que l'on écouterait dans un groupe social. Donc, autant que je prenne le temps de bien réfléchir pour livrer une pensée qui me sera plus personnelle.Au moins, même si l'on ne m'écoute pas prioritairement j'aurais vraiment livré une pensée qui émanera de moi, en tant qu'être humain, femme et apprentie auteur.
Ce qui me laisse à penser que les réseaux sociaux sont, très étrangement, des vecteurs de clichés et de pensées non personnelles, car non réfléchie. L'immédiateté amène, selon moi, à aller chercher de quoi penser dans nos ressources les plus anciennes.

Bon, c'est une vision très personnelle, je ne me l'applique qu'à moi-même et je ne tiens pas, bien évidemment, à donner de leçon sur la façon de réagir à un article, une image, un commentaire, etc.

Là où, par contre, ma réflexion m'a étonné, c'est qu'elle m'a amené à réfléchir à mon rapport à l'écriture. Cela m'a aidé à identifier plus précisément ce que j'aimais lire et écrire.
Je l'ai déjà exprimé, je suis une architecte par obligation. Mon imagination est bien trop désordonnée pour que je puisse me permettre de me lancer dans un projet sans un minimum de travail préalable.
Toutefois, je ne l'ai jamais considéré comme un fardeau. Sauf quand on me disait "Pour toi c'est simple d'écrire, tu as des facilités" alors que j'avais travaillé trois mois sur un pan de mon histoire. Je pourrais d'ailleurs comparer ça à l'énervement qui peut me saisir quand en tant que femme mon savoir et ma réflexion est réduite à la fameuse "intuition féminine" alors qu'elle découle d'un travail réel. Ou quand en tant qu'auteur SFFF, j'entends "Quand est-ce que tu écris de la vraie littérature ?"

Ainsi, ce fameux "Think, we must" m'a vraiment conforté dans le fait que je devais réfléchir avant d'écrire. Cela je l'ai notamment perçu en travaillant sur la structure d'une nouvelle que je veux intégrer à un recueil et qui évoque des thèmes qui me sont chers. En prenant le temps de bien me concentrer sur ses thématiques et d'y réfléchir avant d'écrire quoi que ce soit, j'ai pu réellement prendre le temps de respecter les thèmes que je voulais défendre. J'ai pu écarter les "travers" qui correspondaient à ma thématique, mais devenaient (pour moi) trop proches de ma réalité. Mais aussi supprimer les lieux communs qui se précipitaient tous pour prendre place dans l'histoire que je voulais écrire.

Et d'ailleurs, en étudiant d'un peu plus près les textes qui m'avaient déçue, je me suis vite rendu compte qu'une des raisons principales était que j'y rencontrais ce que j'appellerais de la pensée générique ou automatique. De même, mes textes favoris sont ceux qui transpirent de la pensée de leurs auteurs. Ceux où je retrouve un certain voile de pudeur et à la fois une grande sincérité. Deux marqueurs qui selon moi sont des indices assez frappants du fait que l'auteur a mûri son histoire pour qu'elle défende sa pensée personnelle et rien que ça.


Mon inconscient, ce criminel



Voici un nouvel article issu d'une discussion que j'ai eue avec une amie auteure. Nous étions en train de parler de la façon de juger si une idée était bonne ou pas, sans avoir à y perdre trop de temps. Défi un brin complexe puisque j'assimile volontiers une idée de texte à la vie d'un vin. C'est-à-dire que certaines mériteront de maturer tandis que d'autres seront à exploiter aussitôt sorties de la treille.

Premièrement, j'ai tendance à penser qu'il n'y a pas réellement de mauvaises idées. Il peut y en avoir qui souffrent de clichés, qui sont trop fortement inspirées d'une autre histoire, mais elles ne sont pas en mauvaises en elles-mêmes.
Par contre, quand il s'agit des "vraies" bonnes idées, celle qu'on ne peut pas lâcher, qui parlent à la fois à la tête, au cœur et aux tripes, j'ai mon petit truc pour les repérer. La méthode est simple, il suffit que je piège mon inconscient ou plus exactement que je le choppe en flagrant délit.

Car ce petit criminel de hauts-étages mène sa vie de son côté. Je l'imagine assez bien comme une sorte d'énorme blob monoculaire qui regarde passer les idées et les informations devant lui tout en sirotant son thé. Parfois, il lève l’œil au ciel et parfois il s'empare de l'une d'entre elles.
Innocente que je suis, j'ai beaucoup de mal à accéder à cette information, sauf lorsque le "hasard", la fortune, mon ange gardien, ma bonne étoile, un fortune cookie, (bref vous aurez compris) me fait entrer sur la scène de son dernier crime.

Le plus souvent, cela m'arrive quand une idée remonte et que je ne sais pas si elle exploitable pour moi. Est-ce que je pourrais y développer mon univers ? Puis-je y trouver un sens qui m'aidera à transmettre ma façon de penser ?
Dans ce cas-là, rien de tel pour moi qu'un moteur de recherche. Pour illustrer cela je vais vous donner un exemple concret :
J'avais depuis longtemps déjà développer un univers et une histoire dans laquelle il me manquait un élément crucial. Après réflexion, j'avais décidé que cet élément serait un arbre que j'avais bien envie d'appeler "Dragonnier" en le dotant d'un background du type "Il est issu du sang d'un dragon etc." Jusqu'ici vraiment pas de quoi sauter au plafond vu le côté stéréotypé du bidule. Mais cela collait vraiment à mon univers, du coup j'ai persisté et j'ai commencé à voguer ici et là sur des images d'arbres exotiques pour en trouver un avec une forme qui pourrait lui convenir.
Après moult déceptions, toujours très innocente, je tape les mots "arbre" et "dragon".
Vous me voyez venir ?
La première image de la galerie de photos me présente alors un arbre proche du baobab mais en plus hirsute. Je clique dessus, titre de la page : Le Dragonnier ou arbre de Sang-Dragon.
Inutile de vous dire que j'étais plus qu'étonnée au prime abord. Et que j'ai vite changé le nom de Dragonnier en Arbre de Sang-Dragon qui faisait autrement plus bad-ass à mon goût.

Mais le plus important pour moi a été d'avoir réussi à piéger mon inconscient. Puisque je ne me considère pas comme un génie qui invente des choses qui existent déjà, (D'ailleurs, est-ce vraiment ça un génie ?) j'ai bien compris que j'avais dû avoir accès à ce fameux arbre un jour, sans consciemment y faire attention. Toutefois, mon petit Arsène Lupin cérébral l'a rangé directement au milieu de sa collection d'image, de faits et d'idées qui pourraient bien me servir un jour.

Et là où je dis encore plus eurêka, c'est que puisqu'il l'a stockée, il y a réfléchi "à ma place". Et comme toujours dans ces cas-là, la réapparition de l'image s'accompagne d'un background bien vieilli dans la cave qui me sert de boîte cranienne.

Pour moi, ça a toujours été la marque d'une idée qui pouvait fonctionner. Parce qu'elle était mûre certes mais aussi parce que je l'avais retenue. Elle fait donc partie de mon univers, de ce qui fait que je n'imagine pas les choses comme mes autres copains auteurs (de la même façon qu'eux n'imagine pas les mêmes choses que moi). Et c'est pour moi, la marque principale d'une "vraie" bonne idée.

Elle n'est peut-être pas follement originale, ni digne d'un prix Nobel de Littérature, mais elle est bien à moi.

Ensuite, j'entends déjà ceux qui me diront "Ouais mais si tu mûris l'idée d'un autre, ce n'est toujours pas ton idée." C'est là que je dois donc préciser ce que mûrir une idée veut dire pour moi.
Une idée mûre pour moi est une idée qui s'accompagne déjà de tout son univers. Elle aura une voix, un goût qui n'appartient qu'à elle, un parfum unique, un toucher propre à ma sensibilité. Mûrir une idée ce n'est pas changer deux lettres d'un nom et réécrire Eragon sous le titre de Aregon. Bien sûr, je me serais peut-être inspirée des écrits de quelqu'un d'autre mais cela n'aura plus du tout le même sens, ni la même couleur, ni les mêmes résonances s'il s'agit bien d'une idée qui m'appartient. Je vais poser une question qui risque d'en irriter plus d'un mais : Est-ce que choisir une elfe comme personnage c'est plagier Tolkien ? Même si cette elfe est la danseuse étoile du Bolchoï ?

Là où ça pourra en devenir c'est si le régisseur du Bolchoï à une double personnalité (Golum ! Golum !) et que le président de la Russie enferme son pire ennemi tout en haut du Kremlin ignorant que celui-ci s'est allié avec un troupeau de Pégases de l’Antarctique qui vont l'aider à s'échapper. Pire ennemi du président qui fait tout pour que deux gnomes arrivent à ramener une coupe mystérieuse jusqu'en Italie pour la détruire dans le cratère du Vésuve. Pour finir avec notre danseuse étoile elfe qui fête ses épousailles avec le tout nouveau Président élu (parce que l'ancien s'est retrouvé aux prises avec une armée de cactus géants extra-terrestres, vous comprenez ?).

Pour conclure donc, mes vraies bonnes idées sont celles qui ont mûri dans ma tête. Comment je les repère ? Le plus souvent en piégeant mon inconscient. Quant aux autres, plus fugaces et plus éphémères, je n'ai pas encore pris mon bandit préféré en flagrant délit sur ce sujet.







M'en fous, j'irai pas !

Décidément, en ce moment je réfléchis beaucoup sur mon rapport à l'écriture et sur tout un tas de choses qui me servent à construire mes récits.
Aujourd'hui, je vais vous parler d'une "théorie" plutôt très simpliste mais qui trouve des applications dans ma façon de gérer ses personnages.


Ainsi, donc : le chemin de moindre résistance.
Il s'agit d'une vision un brin philosophique qui voudrait que l'homme emprunte toujours le chemin de moindre résistance. Alors dis comme ça, on dirait bien que je suis en train de vous traiter de grosse feignasse. Mais en fait, non. Ou pas tout à fait.


Un chemin de moindre résistance peut se définir par le choix que l'on fait de faire du sport plutôt que d'avoir à affronter les regards des autres sur nos bourrelets. Mais il peut-être aussi le choix, selon les individus, d'affronter le regard des autres sur ses bourrelets plutôt que de faire du sport.

Quoique nous sommes bien d'accord, le sport n'est pas la solution à tous les bourrelets. Il s'agit là d'un exemple très basique pour imager cette théorie.


Ainsi, il est ici question des choix personnels que l'on fait afin d'avancer dans la vie. Et là où la magie de l'écriture intervient, c'est que cette théorie est, selon moi, applicable à nos personnages ; et peut d'ailleurs servir de "guide" (le mot est un peu fort) pour éviter de se planter en beauté.
Je vais donc d'abord parler du problème que ce chemin de moindre résistance peut induire au cours de l'écriture.

Imaginons, un auteur type en train d'écrire. Celui-ci tape sur son clavier frénétiquement, la scène-clef arrive, son chevalier va enfin avoir un choix crucial à faire. Le tournant de l'histoire est à portée de sec, c'est génial ! 
Mais voilà, l'auteur compte bien faire affronter un dragon à son chevalier. Il se trouve que le chevalier est un vieux de la vieille, il a eu son lot de compagnons à enterrer suite à nombre de rencontres contre des créatures toutes plus bad-ass que les autres et en plus il n'est pas du genre à tendre l'autre joue quand quelqu'un le frappe.


Voilà notre chevalier devant deux panonceaux de bois gravés au feu. L'un le dirige vers le château de Dragonosor et l'autre vers le marais du Sage.
L'auteur frémit, il engage son chevalier sur le chemin du château et là... c'est le drame. Son personnage s'arrête pour contempler le paysage, se pose mille et une questions sur le métier de chevalier et rallonge le moment fatidique où il arrivera au château.
L'auteur interloqué écrit et réécrit la scène.

"Du courage, que diable ! Tu dois affronter ce dragon !"

Et le chevalier de lui répondre par un joli bras d'honneur ponctué d'un :

"M'en fous, j'irai pas !"

C'est là que deux points de vue s'affronte : celui de l'auteur qui veut avancer dans son intrigue parce que pour lui le chemin de moindre résistance consiste à finir son putain de récit comme il l'entend. Et celui du chevalier, créé par l'auteur, caractérisé de telle sorte que jamais, Ô grand jamais, il n'ira finir sa vie entre les crocs d'un dragon. (Faut pas déconner, tous ses potes sont morts comme ça !)

Vous me voyez venir avec mes grands sabots ?



On y est donc. Voilà, la raison principale pour laquelle, selon moi, il est préférable de caractériser ses personnages de telle façon que leurs choix soient pour eux le chemin de moindre résistance.
Je ne dis pas qu'il faut en en faire des mary sue, pas du tout ! 

Il s'agit simplement d'être au courant que les choix des personnages leur appartiennent. 

Et comme il se trouve que l'on est quand même à l'origine de ses personnages, ses choix se définissent par le travail que l'on fera sur leur caractérisation morale/mentale/physique. Par contre, si l'on impose son propre chemin de moindre résistance à ses personnages, c'est là que ça risque de bloquer.

Pour l'exemple du chevalier, il me semble plus simple de travailler sur sa caractérisation. Et surtout, plus viable pour le récit.

Parce que c'est là que le bât blesse : quand on impose quelque chose de contre-nature à son personnage, on se retrouve souvent avec des remarques de bêta-lecture du genre : 

"Je ne trouve pas l'attitude de ton personnage très cohérente, c'est un chevalier bourru et il étudie le paysage jusqu'à la moindre petite fleur ?"

Remarque qui ne tient pas réellement au fait que le chevalier puisse s'émouvoir d'une pâquerette, mais plus au fait qu'il a été forcé sur un chemin qui ne lui appartient pas.

Personnellement, c'est en bloquant sur une de mes scènes que j'ai compris cela. En gros, je faisais s'affronter deux volontés. La mienne (celle de l'auteur qui veut en finir) et celle du personnage. J'ai détesté ce personnage, j'ai failli le rayer de mon récit puis j'ai fait une pause et je l'ai réétudié tel que je l'avais créé.

Pourquoi ne voulait-il pas tuer quelqu'un alors que dans mon scenario tout allait dans ce sens ? Qu'avais-je fait de mal ? Peut-être devais-je revoir mon récit dans sa totalité ? Ou même l'abandonner ?
Surtout que je ne comprenais pas les remarques sur son manque de cohérence, tous les éléments étaient là pour que tout se passe comme je l'avais planifié.

Sauf que j'avais oublié que j'avais caractérisé mon personnage de telle façon à ce que, pour lui, le chemin de moindre résistance soit de laisser la vie à son ennemi.





  

Savoir et se taire

Lorsque, comme moi, on tente d'écrire au mieux des histoires intéressantes et cohérentes, on en vient très vite à s'intéresser aux différentes théories sur l'écriture.
Et lorsque, comme moi, on a la chance d'avoir un compagnon qui nous pousse à aller toujours plus loin dans cette réflexion, on finit par écrire un article sur son blog. (Quoique le compagnon puisse être "remplacé" par une très bonne copine, ou un animal familier ou tout simplement une plante verte extrêmement perspicace, chacun son truc.)

Ainsi, si il y a une chose sur laquelle je m'appuie le plus possible pour écrire des textes pas trop pourris, c'est bien la cohérence d'univers. Il m'arrive donc de passer beaucoup de temps à chercher les détails historiques ou scientifiques concernant l'univers du texte dans lequel je suis plongée.

Et comme je lis aussi beaucoup de textes - déjà publiés ou tout simplement en maturation - il m'arrive souvent de m'émerveiller ou de grincer des dents sur la cohérence des univers qui me sont proposés. D'autre fois, par contre, l'univers est tellement documenté qu'il ne me laisse aucune place en tant que lectrice.

J'ai longtemps cherché la différence entre les deux types de texte, jusqu'à ce que j'en discute avec ma moitié et qu'il trouve la formule miracle :

"Il y a le "Show, don't tell" mais aussi le "Know don't tell"


Cette idée de "Know, don't tell" je l'utilise depuis longtemps. Quand il est question pour moi d'écrire - comme en ce moment - un texte ayant pour cadre la première guerre mondiale, je dois faire face à mon manque de culture concernant le sujet.
Je vais donc, tout naturellement, me renseigner sur une multitude de sites à propos de la vie du poilu, de son paquetage et de l'arme qu'il utilise.

Mais comme mon but n'est pas d'écrire un exposé mais, bel et bien, une histoire, je ne dois pas non plus partir sur les mesures exactes d'une tranchée et sur la composition chimique exacte de la boue (sauf dans un certain cadre peut-être, et encore.)

Le but est surtout de faire connaissance avec le contexte dans lequel se situera mon texte, de m'en imprégner et d'ensuite fermer mes pages internet sans prendre de notes.

Parce que, et c'est là qu'intervient le "know don't tell", si j'ai lu et que je sais, maintenant, de quoi se constituait une journée type pour un poilu, ces informations ne sont finalement que secondaires.
Ce qui compte c'est que je sache, moi en tant qu'auteur, où je me situe mais pas que le lecteur est l'impression, en me lisant, d'ouvrir son manuel d'histoire de 4ème.

Alors, à ce moment-là, me direz-vous, à quoi bon savoir si tu ne t'en sers pas ? Le fait est que si je ne me sers des informations exactes, elles vont pourtant être présentes pour animer mon texte et enrichir mon univers.

Exemple ?

Ce matin j'ai vu une photo d'une lanterne de tranchée avec une explication détaillée de son fonctionnement. Cela, maintenant, je le sais. 
Est-ce que je vais rester dans le scolaire et décider que le lecteur doit, lui aussi, tout savoir ? Ou est-ce que je vais décider de ne conserver que ce qui m'a interpellé dans cette lanterne ? C'est-à-dire, sa forme triangulaire ?

Est-ce qu'il sera plus enrichissant pour mon univers d'expliquer comment on plaçait la mèche, puis l'huile de combustion dedans que de simplement évoquer sa forme caractéristique ?


Ceci, toutefois n'est qu'un détail qui interviendra au niveau descriptif. Là, où le "Know don't tell" devient plus profond est quand il touche carrément à l'attitude de ses personnages devant une situation donnée.

Pour cela je vais donner un autre exemple. Alors que je réfléchissais sur l'univers d'un de mes projets de roman (où l'on retrouve des fées, des gargouilles et une cathédrale) mon compagnon m'a posé une question super incongrue, que j'ai tout d'abord jugée comme étant totalement hors-sujet :

"Et si les militaires se rendent compte de l'existence de tes fées que va-t-il se passer ?"

Attendu que mes fées ne côtoient mes humains que d'une façon plutôt étrange, cette interrogation m'a tout d'abord semblé totalement inutile.
J'ai donc haussé les épaules, et continué d'écrire. Jusqu'à ce que je me rende compte qu'ayant été posée, cette question avait finalement solidifié la cohérence de mon univers.

Certes, il n'est jamais question de militaires humains dans mon roman. Et mes fées ne sont pas bien au courant de ce que peut être un militaire humain. N'empêche que si elles se faisaient découvrir, elles se retrouveraient devant des problématiques auquel leur "dieu" (c'est-à-dire moi, je les ai créé non ?) n'a même pas réfléchi !

Il est bien possible que tout leur univers s'effondre. Et si leur "dieu" n'a pas réfléchi à ces éventualités, comment peut-il être certain de réellement contrôler leur destin au mieux ?

Ainsi j'ai fini par décider de savoir ce qu'il arriverait si les militaires découvraient l'existence de mes fées. Est-ce que je l'évoque ne serait-ce qu'une fois ? Jamais : ce n'est pas le sujet de mon roman. Toutefois, le fait de le savoir m'aide à solidifier la cohérence de mon univers.

Est-ce qu'il est important que vos lecteurs sachent dans quel tissu la chemise de votre héros a été fabriquée ? Non, pas forcement.
Est-ce que, vous, vous devez le savoir ? Pour moi, la réponse est oui.